21 juil. 2014

Journée de deuil - Mon H&M ferme


Quand j'ai appris la nouvelle j'ai hésité entre me trancher les veines avec mon croissant ou m'ouvrir le coeur avec mon couteau à beurre (je brunchais à Montmartre).
Mon H&M va fermer incessamment sous peu, le monde s'écroule sous mes pieds, le ciel se déchire, je ploie sous les mots de cette information, mon coeur saigne ... ah non c'est de la confiture.

Qu'est ce que je vais devenir ?
Il faut savoir que je vis près d'un centre commercial qui est en faillite depuis quelques années.
Au début c'était tout beau tout neuf, il y avait même eu des confettis lors de l'inauguration et ses nombreux magasins nous ont tous accueillis, nous les jeunes, pour nos premiers boulots.
Il n'y a pas une personne dans mon ter-ter qui n'a pas bossé la-bas.

J'ai bossé dans quasiment cinq enseignes différentes dans ce centre, il m'a accueilli petite, lorsque je me baladais avec mon père les samedis après-midi et qu'on allait faire un bisous à Maman qui  travaillait là-bas car passer lui faire un petit coucou était notre rituel.

Il m'a ensuite accueilli ado, lors des cinéma à 10 francs et du Macdo à 5, lors de mes premières sorties "entre jeunes" où on érait à la recherche d'une activité qui nous changerait des murs de nos chambres.
On croisait toujours des gens, on se faisait la bise en ayant l'impression d'être les rois du monde et on marchait, on marchait ....
J'ai grandi dans cet endroit, j'y ai passé des après-midi, à arpenter les rayons de Carrefour à la recherche de soda à moins d'un euro et de cookies aux noisettes, qu'on achetait grâce à nos pièces rouillées qu'on mettait en commun.
J'ai passé des heures au rayon musique à écouter les dernières nouveautés, à croiser toujours les mêmes garçons qu'on observait en minaudant puis en pouffant sous nos doudounes Scott dès qu'ils nous souriaient.

J'ai passé des soirées dans ce centre, assise sur des marches, à fumer mes premières clopes taxées aux badauds qui avaient pitié de nous mais nous faisaient l'honneur, malgré nos récidives quotidiennes, de nous offrir une ou deux cigarettes.
J'avais quinze ans, nous étions un groupe de filles et on passait nos journées au centre commercial.

Puis nous avons commencé à nous intéresser aux garçons et à traîner chez H&M.
Mes premiers strings Snoopy, les premiers gloss du rayon maquillage, les sweat à capuche, les soutifs rembourrés ...
Autant de fringues qui ont suivi mon entrée dans l'adolescence et la recherche de soi.
Le dépassement, la crise d'ado et les premiers vols.
Un porte clé, un string rouge ridiculement petit, un diadème avec lequel je suis sortie comme si tout était normal alors qu'il était sur ma tête, des t-shirts avec des trous énormes dû aux antivols arrachés au rayon enfant puis la première garde à vue pour certaines, autant de souvenir de crise d'ado que d'accessoires aux étiquettes arrachées.
Nous étions jeunes, nous étions stupides.

Le pull que l'on a toutes cherché

Les premiers boulots ... nous étions un groupe, nous nous retrouvions tous devant l'entrée pour des pauses cafés / clopes et nous refaisions le monde.
Nous travaillions tous dans le centre, il a payé nos premiers téléphones, nos premiers loyers, les premières voitures ...
J'y ai vendu de la lingerie, des vêtements, des paninis, des gaufres, des tickets de cinéma ...
Les autres vendaient des skate board, des jeux vidéos, des téléphones, des baskets ou encore des jouets ...
Y'avait Virgin, y'avait Zara, y'avait un bowling ... Autant d'enseignes qui nous ont vu grandir et qui ont mis la clé sous la porte, qui ont fermé les unes après les autres ...

Petit à petit nous sommes tous partis ... il n'y avait plus de fine équipe, celle qui à elle seule réunissait tout le personnel du centre commercial. Nous étions jeunes et on refaisait le monde en sirotant des cafés solubles près de la route dès les premiers rayons de soleil.

Je me revois en train d'ouvrir le kiosque, mettre en route les machines à café et préparer celui du mec canon qui bossait chez Aigle et qui n'allait pas tarder à arriver.
Prendre ma pause avec la fille des pâtes et cracher dans le sandwich au poulet du responsable du cinéma qui m'avait viré deux mois auparavant ...
Me cacher derrière la machine à panini dès que j’apercevais B20. le psycho et sourire aux mecs de la sécurité qui venaient faire leur ronde.
Hurler quand je voyais des souris dans la cuisine et appuyer par mégarde sur le bouton d'urgence, un vigile un peu trop gras qui suait beaucoup arrivait en courant me demandant si tout allait bien et j'offrais un sandwich au thon pour me faire pardonner.
Offrir les viennoiseries non vendues au personnel du ménage qui prenait leur service, fumer la clope du soir dans le parking dès qu'on fermait les magasins ...

Autant de souvenirs que de pincements au coeur lorsque j'arpente ces allées et que je vois tous ces magasins fermés, les allées désertes, mes anciennes enseignes dont les panneaux ont été laissé à l'abandon. Mes souvenirs de jeunesse, mes premières payes ...
J'ai de la nostalgie quand je vais faire mes courses et qu'en rentrant je constate qu'un nouveau magasin a fermé, ça me déchire le coeur, me rend triste.
Ce temps est révolu, celui de l'insouciance, des rires avec les habitués, nos maux échangés lors de journées trop difficiles, des tickets Z, des chiffres de la journée comparés sur le sol du parking.

C'est curieux mais toute cette nostalgie me renvoie au temps qui passe, elle m'explose en pleine figure, "ça fait déjà trois ans ...", un an que le Zara a fermé, un an et demi que Virgin n'est plus ...
Des années que l'équipe de choc a été dissoute piano piano.
On grandit, les jours passent, on évolue, on change de travail, mais je n'oublie rien de tout cela.

C'est pour cela, alors que j'avalais mon troisième café, que j'ai failli m'étouffer lorsque mon amie m'a appris que le H&M allait fermer, j'ai cru défaillir, j'avais envie de hurler au scandale et de pleurer de rage,

- Mais non c'est pas possible, t'es sûre ?!?
- Certaine.

J'y croyais pas, je me suis revue aller et venir dans les rayons, mes premières séances shopping à trois chiffres sur le ticket de caisse, mes premiers samedis à bosser dans les cabines, en réserve, croiser les copines ...
Je me suis dis que là c'était trop, que ça ne pouvait pas se passer comme ça, que ce H&M c'était un peu de nous tous, de notre dur labeur, de nos sueurs, de nos efforts, que j'allais m'enchaîner sur les mannequins en vitrine et empêcher tout cela.
Je revois mon badge, le porter fièrement sur ma veste noire, l'offrir à la petite nouvelle, lui donner en souriant et lui souhaiter bonne chance pour la suite, moi je retournais à la fac.

Je suis finalement revenue travailler dans ce centre après mes études, on ne le quitte pas aussi facilement, il nous rattrape toujours.
J'y ai vendu vos sandwichs de pause déjeuner, j'ai habillé vos femmes de petites culottes en dentelle et leur ai appris à mesurer leurs taille de soutien gorge, j'ai nettoyé vos salles de cinéma et vendu vos pop corn. Je vous ai fais des gaufres et j'ai offert le surplus de nutella.

Je vous ai donné vos pancartes cartonnées avec un chiffre du nombre d'article à essayer, j'ai arpenté ces allées un milliard de fois et maintenant ?
Le dernier magasin qui me restait, symbole de ma jeunesse et de tous ces moments, une institution, le mémorial de chez moi, H&M ferme, je me sens abandonnée.
Y'aura plus jamais tout ça, c'est fini pour de bon cette fois.

C'est la fin d'une époque.

23 commentaires:

  1. c'est vrai que ça doit faire quelque chose quand on a grandi comme ça dans un grand centre commercial. Pour ma part j'ai grandi à la campagne.

    1 minute de silence

    Mon drame à moi se sera la fermeture du C&A dans une ville pas loin de chez moi. Mon bonheur serai qu'il y en ai un plus pret ;)

    RépondreSupprimer
  2. Il est super cet article, j'ai reconnu LE cora pres de chez moi, et mes petits boulots comme vendeuse de vetementa pour enfants, vendeuse de glaces, vendeuse de soldes...
    Je vote pour la Une, vraiment top.

    RépondreSupprimer
  3. c'est peut être parce que tu as trop volé qu'il ferme :-p je ne vois que ça !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je n'ai (presque) pas volé !
      Je n'ai jamais été arrêtée !

      Supprimer
  4. Ca craint mais si ça peut te consoler H&M ça n'existe pas chez moi.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je ne suis pas sûre que ça puisse te consoler finalement...

      Supprimer
    2. Je suis triste pour toi maintenant

      Supprimer
  5. :( C'est toujours bizarre une page qui se tourne. Mais malheureusement, c'est la vie. Dis-toi que de nouvelles pages s'ouvrent tous les jours ou presque sans qu'on ne s'en rende compte (souvent, on réalise qu'une page était ouverte quand elle se ferme d'ailleurs, l'ironie !)
    Des bisous Monanounette !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Pressée de lire mon nouveau livre ... :)

      Supprimer
  6. C'est émouvant comme article ... Mais ce qui est cool c'est que tu gardes que des bons souvenirs, donc finalement quelque part c'est du positif ;) !
    Des bisous
    Sarah'folle'

    RépondreSupprimer
  7. Trop bien écrit cet article, dis toi que la gare n'est pas encore desaffectée et tu feras ton shopping à Paris, c'est bien plus chic !!!!

    RépondreSupprimer
  8. Ton centre commercial, c'est pas celui d'Aubervilliers ?

    RépondreSupprimer
  9. Ho courage, ça fait tjrs quelque chose quand on a de bons souvenirs....

    Romane
    http://linconstance.blogspot.fr

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci Romane, et je file découvrir ton blog

      Supprimer
  10. Mais le H&M est toujours là!
    Je sais pas d'où tu tiens tes infos Mona, viens me voir la prochaine fois
    (paraît par contre que là où y'avait le Zara il devait avoir un centre genre quais des marques, mais en fait non car un centre de ce genre a ouvert y'a pas longtemps... Tu sais, là où y'a un Ikéa)
    Enfin bref, on sait pas ce que va devenir ce centre. Trop triste sérieux (pour de vrai)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. L'article date ! (je viens te voir où ?) Oui le H&M est toujours là Dieu merci.
      Concernant le centre il a coulé avant même d'être lancé car effectivement toutes les marques ont signé à Plaisir. Centre qui est en faillite aussi by the way.

      C'est la crise !

      Supprimer

Facebook

INSTAMONAGRAM


Archive

© Copyright Mona Champaign.

Tous droits réservés.
Tous les textes présents sur ce blog m'appartiennent et ne sont pas libres de droit. Merci de ne pas les utiliser sans mon accord.
Article L112-1 du Code de la Propriété Intellectuelle.