Ce jour, ces sacs, ces clés


Aujourd'hui est un jour un peu spécial, il a un goût d'inconnu, il y a comme une odeur d'imprévu qui circule dans l'air, je la sens, la ressens, je me sens bizarre.
Aujourd'hui est un nouveau chapitre de ma vie, un nouvel élan.

Aujourd'hui je vide ma chambre, celle qui m'a (re)accueilli tant de fois, le mal au cœur et les larmes en flots, après une dispute ou une énième séparation.
Elle m'a vu pleurer, rentrer les bras chargés de sacs contenant mon existence chez lui. Poser tous ces sacs et tout ressortir quand le courage m'envahissait soudainement puis reposer chaque objet, se construire un endroit à soi et tenter de ne plus penser au temps où ces objets s'accordaient aux siens.

Aujourd'hui j'ai le coeur serré car je suis fière de moi, fière de m'être relevée et d'avoir rebondi aussi rapidement après l'échec de ma relation amoureuse et la manière dont elle s'est terminée.
Je vide petit à petit cette chambre que j'ai tant haï parce que ce n'était pas la sienne et qu'il n'était pas là.
Cette chambre que j'ai fui tant de fois, en mettant chaque objet, chaque vêtements, chaque détails dans un sac pour retourner là-bas, cet endroit où je pensais me sentir bien mais où je n'étais pas à ma place malgré mon envie d'être près de lui.

Ces sacs si lourds, tous ces allers et retours dans le bus, les bras chargés, le dos cassé, les mains coupées par les hanses puis monter les deux étages, transpirer, suer, asthmatiquer.
Puis re-rentrer, une nouvelle fois, celle-ci sera la dernière, une nouvelle chance, celle grâce à qui tout ira bien désormais, un nouveau départ pour nous, fini les disputes, fini mes fuites. Sortir les objets des sacs comme si tout était normal, comme si cette scène n'avait pas été vécue un milliard de fois, comme si elle n'allait pas se reproduire encore et encore et encore. Faire l'autruche sans cesse mais il est là, je suis là, et c'est le plus important.

Disposer ses objets, changer la déco, en acheter des nouveaux et meubler l'appartement comme si c'était le notre pour oublier qu'on ne se sent pas à sa place. Et faire tout ça, tout le temps.

Aujourd'hui je vide une nouvelle et dernière fois ma chambre d'adolescente pour un appartement qui n'est qu'à moi et à moi seule. Dans lequel je pourrais disposer tous les objets que j'aurais choisis, juste pour moi et où je serais à ma place puisque je serais chez moi et que je n'aurais aucune raison de fuir ou de ne pas m'y sentir bien.

Fini le dos cassé par les sacs, les mains abîmées, l'attente à l'arrêt de bus avec sa relation entière contenue dans un sac carrefour.
Le regard du chauffeur du bus : "encore cette nana, encore une dispute, ça n'aura pas tenu longtemps cette fois".
Trouver un siège, garder la tête haute malgré le regard des autres, le mascara coulant sur ses joues.
La fuite, la peur : "je n'ai pas d'endroit où aller pour me sentir bien".

Aujourd'hui j'ai repris les mêmes sacs, tous ces sacs carrefour, petit bateau, des sacs en papier chiffonnés qui ont servi un nombre incalculable de fois à ces allers et retours... tous ceux qui ont transporté mon quotidien toutes ces fois transporteront dans quelques heures ma chambre en pièces détachées vers ma nouvelle vie.

Celle que j'ai choisi, seule mais indépendante, célibataire mais debout, nostalgique mais fière d'avoir réussi à surmonter une séparation si douloureuse, si soudaine mais néanmoins nécessaire à ma survie.
Dans quelques heures je passerais ma première nuit sans stress, sans angoisses, sans questions.

J'ai trouvé un appartement en l'espace d'un mois et demi après ma rupture. J'ai trouvé les fonds pour le meubler et j'ai repeins la pièce principale. J'ai tenu bon malgré toutes ces fois où j'ai trébuché sur les épreuves de la vie, malgré mes chutes aussi mais j'ai maintenant mon nom sur une boite aux lettres et une nouvelle adresse postale.

Aujourd'hui je déménage vers ma nouvelle vie, celle pour moi, juste pour moi. Sans lui, mais avec moi seule comme allier infaillible, moi dont je suis fière et dont je ne réalise pas encore la force qui m'envahit sans cesse et qui me permet d'être encore là aujourd'hui à surmonter chaque obstacle qui se met en travers de mon chemin.

Désormais je n'aurais plus jamais peur de ne pas savoir où dormir ce soir, peur d'être à la porte, l'attente des clés, ces fameuses clés telles le Graal, que j'ai possédé plusieurs fois avec tellement de fierté. Ses clés, celles qu'il m'avait donné et auxquelles je tenais tellement. Celles que j'ai longtemps attendu parfois, désiré, rêvé ... puis finalement obtenu. Ses clés qui me chauffaient la poche chaque matin et chaque soir. SES clés que JE possédais. Preuve de notre histoire, de notre nous existant.
Les clés que j'ai posé sans un mot sur son buffet, avant de partir définitivement tout en trébuchant sur ces douze sacs qui me sciaient les mains et sans me retourner. Celles que j'ai tant attendu et pourtant laissé derrière moi avec tous les objets que j'avais choisi pour nous.

Aujourd'hui voici mes clés, celles que j'ai tant bataillé à obtenir et celles que je ne suis pas prête à laisser derrière moi.
Ces clés sont ma nouvelle chance, celle que je me suis offerte.

Mona est célibataire et s'installe dans son appart dès aujourd'hui, qui sait ... peut-être que demain elle sera Présidente.



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