Con comme une valise

Source : journalepicurien.com
Cette expression m'a valu mon presque premier avertissement professionnel.

"Pisser dans un violon / coup de pied dans les oueps / les joues comme une biscotte et mais vas-y où  ??!! (quand tu lui dis vas-y là .... genre laisse moi tranquille) ma mère a toujours aimé utiliser des expressions aussi vieilles que ma dernière épilation intégrale.

"Elle est con comme une valise" phrase entendue et utilisée des milliers de fois dans ma vie et qui prend toujours autant son sens quand je la sors en soirée.

- mais quelle idiote cette fille !
- quoi elle lui a bouffé le gland direct ?
- ouais comme ça, dans les chiottes du Wanderlust
- mais il n'est pas avec la pouffe au t-shirt blanc là ?
- mais si elle est trop conne !
- j'te jure trop conne la meuf
- ouais elle est con comme une valise c'est clair
- heu Mona ?
Mes potes n'aiment pas le vintage.

Il n'empêche qu'un jour, je bossais comme standardiste et j'ai eu un appel d'un homme qui voulait parler à je ne sais qui, de je ne sais quel service, de je ne sais quelle société.
Le mec s'était probablement trompé d'entreprise, j'essayais donc de lui expliquer calmement son éventuelle erreur mais il a commencé à hurler et à parler par-dessus ma voix, ce qui est très difficile les personnes me connaissant peuvent en témoigner.

- Monsieur excusez-moi je pense que vous avez fait un erreur de num .... *cri cri cri* le mec m'a pété le tympan gauche et commençait sérieusement à me péter les palle - (que je n'ai pas sans quoi le travail aurait été super bien fait et j'aurais reçu quelques appels afin d'éclaircir certaines choses).

Et puis c'est parti en vrille ....

- Oh vous avez terminé ? Je peux parler ?
- * gueule gueule gueule* / *plus fort plus fort plus fort*
- Monsieur ! Je ne comprends pas, vous avez du vous tromper de socié...
- C'est pas de ma faute si VOUS ETES CON COMME UNE VALISE !!

Scuz moi renoi ?
Dans ma tête s'est passé un milliard de chose, j'entendais NTM qui hurlait dans mes oreilles et je sentais ma langue saigner, je n'ai pas réfléchi et j'ai balancé un :

- VAS TE FAIRE ENCULER !!!!! puis j'ai raccroché.

L'assistante RH est passée à ce moment-là. Elle m'a regardé l'air ébahi, je l'ai regardée l'air énervé.
Elle a insisté du regard, je lui ai dis "c'est vrai quoi !" puis elle est partie.
Je vais me faire virer.

Par chance, le mec s'était BIEN ÉVIDEMMENT trompé de numéro, il n'a jamais rappelé, personne n'a jamais su, je n'ai pas été virée.
Je ne sais pas ce qui m'avait le plus énervée, me faire insulter alors que le mec était en tord ou parce qu'il avait utilisé l'expression déposée par ma chère maman.
Un espèce de karma "arroseur arrosé".
Mon boule, connard.

Nous sommes maintenant en 2015. En 2015 Mona a des belles fringues mais plus de moyens de paiement car la banque les a bloqués. Mona n'a pas pu recharger sa carte de transport pour aller travailler ce matin et Mona s'est sentie bien ridicule de devoir demandé, bien droite dans ses fringues trop chères, à une dame si "je peux passer avec vous ?".

Arrivée en gare au niveau des tourniquets, j'ai scruté le peuple à la recherche d'une gentille personne acceptant de m'ouvrir les portiques pas comme cette stronza en 2007 qui m'avait dit "heu non, faut prendre un ticket" alors que ma carte de transport n'était pas encore active mais qu'il fallait bien que j'aille à la fac.
J'avais été tellement décontenancée que je n'ai même pas répliqué. Je suis restée là, bloquée devant les tourniquets à la regarder s'en aller. "Tut" a fait sa carte, nique ta race, ai-je dit dans ma tête.

Ce matin j'avais l'air bien con, bloquée devant les portes automatiques à regarder les honnêtes gens passer (les personnes vendant des bottes blanches non comprises) sans pouvoir avancer pour rejoindre mon métro.
C'était bien fait pour moi, un jour où l'autre l'abus nous retombe toujours dessus.
J'ai alors fait la liste intérieure des personnes responsables de mes finances, afin de m'enterrer dans une mauvaise foi affligeante,

- mon ex, j'étais tellement malheureuse que j'ai dépensé sans compter pour me consoler,
- l'artiste maudit, que j'ai entretenu pendant des semaines,
- trouduc numéro 2, car c'est moi qui payait les Heetch,
- mes copines, pour pouvoir sortir avec elles et boire des verres,
- ma soeur, parce que j'essaye d'être plus belle qu'elle donc je m'acharne à être mieux - sans succès -
- mon boulot, parce que Paris c'est trop tentant,
- ma mère, parce que j'en serais pas là si elle avait su dire NON à mon père #zérovolonté
- mon père, parce qu'il a largement contribué à ma fabrication #tousdesqueutards
- François Hollande, parce que faut bien en parler aussi,
- les impôts, la SNCF, Franprix, Bouygues Telecom, le bio, le casher, la mozzarella buffala, les ongleries, Maje, la boulangerie, Marine LePen parce que tout sera toujours de sa faute à mon sens, Bernard Tapie, Morrandini, la pluie, la boue, la vache folle et Maîtres Gims ...
[...]

Le temps de faire cette liste toute la population était déjà passée, il n'y avait plus personne et j'allais arriver en retard.
J'ai cherché des yeux une solution et ils se sont arrêtés sur la réponse. 
Pouvais-je réellement ?
Après tout, je n'aurais pas à attendre quelqu'un ni à me taper la honte à quémander un passage collé serré dès 8h00.
Devant moi, le petit passage pour les valises, je pouvais facilement passer en dessous, même si cela signifiait passer à quatre pattes.
Je n'aurais à déranger personne, juste à m'accroupir sous le cadre en métal, sur le tapis à roulettes puis avancer.

Allez c'est parti, une ... bonjour Monsieur, deux ... aïe mon genou, trois bonjour Madame et ... merde.
Là, en robe et tentant désespéramment de cacher ma culotte ventre plat je me suis demandée pourquoi, pourquoi rien, mais vraiment RIEN ne pouvait se dérouler de façon normale dans ma vie.
Mon BOULARD était coincé sous le cadre, bien évidemment.
Avais-je réellement le temps de tomber plus bas ?
La réponse est oui.

COUCOU LES TOURISTES ASIATIQUES ET LES PHOTOS PHOTOS.

Avais réellement le temps de tomber ENCORE plus bas ?
Absolument.

Devinez qui est venu m'aider à me sortir le cucul moyennant le fait de m'arracher le bras gauche pour m'extirper ? Un contrôleur, bien entendu.

- Merci beaucoup ! - secouage de poussières sur genoux avec les mains - bonne journ .....
- Attendez Madame ! Titre de transport s'il vous plait ?
- Pourquoi donc ?
- Parce que vous n'aviez pas à passer par là, je veux voir votre titre de transport 
- Qui vous dit que je ne suis pas une valise ? ......

.... n'était pas la réponse attendue de Monsieur le contrôleur.

Il a tenté de cacher son fou rire, m'a demandé mes papiers - oublié à la maison ! - m'a demandé mon adresse - ai donné celle de mon ex - puis s'en est allé essayant désespérément de ne pas exploser de rire pendant que je lui faisais des doigts en moon walk.
Il devrait me remercier, grâce à moi il aura quelque chose à raconter ce soir et quant à vous, vous savez désormais qu'un gabarit au-delà de la taille 36 ne passe pas sous un portique pour valise.


La SNCF et la communauté des valises anonymes de Paris vous souhaite une bonne journée.

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