7 janv. 2016

“L’orage rajeunit les fleurs.”


Charles Baudelaire. Les fleurs du mal.

***

J'ai l'impression d'être schizophrène. Ce matin je postais une photo et un texte rempli d'amour mais en fait j'ai la gorge serrée et les larmes au bord des yeux.
Pour quelqu'un qui pleure rarement je me demande si je suis enceinte ou bien la vierge Marie.
J'ai du mal à mettre des mots sur ce que je ressens, alors je vais tenter de les écrire pour exulter.

Hier soir j'ai regardé un reportage sur Charlie Hebdo et je n'ai pas arrêté de pleurer.
J'ai pleuré comme si toute ma famille avait perdu la vie ou qu'un astéroïde avait explosé toute la planète sauf moi.
J'ai versé des litres de larmes ponctuées de gros sanglots, la gorge brûlante et le pyjama trempé.
Comme une enfant.

Je ne pensais pas que cet événement m'avait autant touché. J'avais été très attristée bien sûr mais en revoyant ces images, je ne sais pas si ce sont les hormones ou la vie post- 13 novembre mais j'étais au fond du trou.
Oui parce que selon moi il y a un avant et un après 13 novembre. Ce n'est que mon ressenti il m'est personnel.
Et depuis j'arrête pas de pleurer. Compliqué - quand on sait que je me remaquille depuis quelques semaines - de ressembler à un panda grippé partout où je me rends.
Le fond du truc est là, je me rends quasiment chaque jour à Paris.

Paris j'ai mis du temps à l'aimer réellement, à y passer du temps, à l'apprécier à sa juste valeur puis entre nous c'est devenu passionnel : je suis amoureuse de cette ville.
Je ne l'étais pas il y a un an c'est sûrement pour cette raison que les attentats de Charlie Hebdo ne m'avaient pas autant chagriné. Avec le recul je pense que je ne me rendais pas compte de l'ampleur de ces attentats, de ce qu'il s'était réellement passé et comment les choses allaient continuer désormais.
Depuis que Paris m'accueille chaque jour je vis et vois ce que ces affreux événements ont laissé ici.
Je ressens tout, la proximité est énorme c'est prenant, c'est angoissant et j'ai du mal à trouver les mots quand il s'agit d'exprimer tout ça.

Revoir ces images m'a fait prendre conscience que j'ai vécu deux attentats à mon jeune âge et que c'est beaucoup quand même. Proche de chez moi et encore plus de mes proches.
Que ces attentats ont ôté la vie de personnes que j'aurais pu connaitre, côtoyer, aimer. Que ça aurait pu être ma tante, ma soeur ou même moi.
Ça fait réfléchir ... 

Paris je l'adore, je l'adule, et c'est avec fierté que lorsque je dis que Paris je l'ai dans la peau c'est au sens propre, encré.
J'ai du mal à cracher ce que je ressens, la vérité c'est que je n'arrive plus à rire.
Dieu sait que ma devise est basée sur l'humour et l'auto-dérision même si la vie est parfois une grosse bitch, il faut sans cesse se relever, avancer, continuer ... et c'est ce que je fais et je pense faisons tous seulement voilà, en fait j'ai plus envie de rigoler.
Grave non ?

En fait, je me rends compte que je suis trop triste malgré les apparences et qu'aujourd'hui j'ai du mal à le cacher, voilà.
En fait c'est même pas drôle du tout.
En fait je crois que je fais une dépression post attentat.
En fait Mona elle a le coeur lourd.

Aujourd'hui ça fait un an que les attentats de Charlie Hebdo ont eu lieu et j'en ai rien à carrer de savoir que Johnny va interpréter une chanson moi j'ai juste envie de me barrer de mon bureau et dire "allez salut bande d'enculés !" puis aller prier.
Vous me suivez ? Non ? Moi non plus.

Je me suis jamais trop intéressée au recueillement, aux commémorations.
Souvenez-vous, enfants ou collégiens nous avons assisté à des sorties pour célébrer le débarquement ou l'anniversaire de la victoire de telle ou telle guerre.
Nous avons circulé dans la rue, fait une minute de silence devant le Monument aux morts de la ville et écouté d'une oreille le discours d'un ancien combattant tout en gardant un œil sur sa montre Flic Flac parce qu'aujourd'hui y'avait pizza à la cantine donc bon ... faudrait pas trop traîner.
Que les choses soient claires, je n'y connais rien à tout ça, je ne sais même pas le pourquoi du comment du quand de la prise de la Bastille.
Moi je ne connais que les boutiques de la rue de Charonne et le Café parisien.

Sachez qu'aujourd'hui, à 27 ans je comprends mieux le sens du mot commémoration et "à la mémoire de".

J'ai envie d'aller place de la République et pleurer tout en allumant une bougie qui s'éteindra sous la première bourrasque de vent ou goutte de pluie parce qu'on en parle du temps qu'il fait ? 
J'ai envie d'aller me recueillir devant le Bataclan et pleurer juste comme ça, juste parce que j'arrive pas à contrôler mes larmes.
Ce sont mes hormones ou ?

Je ne pleure plus en évoquant une personne partie trop vite qui était l'essence même de mon amour mais je pleure pour des personnes que je ne connaissais pas.
Pourquoi ? Est-ce-qu'avec le temps on pleure moins ? Est-ce-que c'est parce que tout cela est trop récent pour que j'y pense sans m’effondrer ?
Je ne sais pas.

Aujourd'hui j'ai juste envie d'être triste, ne me demandez pas pourquoi c'est ainsi.
Moi-même je ne comprends pas que du jour au lendemain tout me paraisse si triste, si gris, si ... si futile.
Je me prends la tête avec des fiches client et une chef tyrannique alors qu'on vit dans un climat tendu et qu'a quelques kilomètres de mon boulot des gens se sont fait tuer.
Des gens qui auraient pu être mes amis, qui auraient pu être moi, toi, nous.

Excusez-moi mais je m'en bats les c*** en fait. Pardon c'est mon côté banlieusard qui prend le dessus mais avec toute cette tristesse, toute cette colère je me rends compte que nous sommes quotidiennement pollués par des gens, des choses, tellement NUISIBLES alors qu'il y a tant à faire, tant à espérer, tant à vivre.
Vivre oui. Parce que nous avons cette chance et que d'autres ne l'ont plus.

Aujourd'hui ça fait un an qu'un attentat lâche, abominable et violent a pris la vie d'hommes et femmes qui auraient pu être nous et pendant ce temps-là ma chef me demande si j'ai terminé la mise à jour de son site de merde ?
J'ai envie de lui dire qu'elle n'a rien compris à la vie.
Que tous les gens qui s'arrêtent pour des détails n'ont rien compris.

Alors attendez ... là je suis lancée façon plume aiguisée par mes sentiments mais moi aussi je suis comme ça, moi aussi je me plains quand il pleut alors que j'ai les cheveux propres ou que mon écharpe ne s'accorde pas du tout avec mes chaussures.
Que je rêve d'un sac Chanel et vais sur gossip.fr tous les midis. Je suis comme n'importe qui ici mais aujourd'hui j'ai envie de vous dire, de nous dire qu'il ne faut pas se prendre la tête pour des bêtises.
Que les mecs, les cheveux, la cellulite, Marine LP au fond tout ça ce n'est rien, c'est que du vent.

Concentrons-nous sur du beau, du positif, du concret, du réel.
Aujourd'hui ma cousine à 15 ans et je n'ose lui dire ce que je faisais à son âge. En pensant à elle j'ai les larmes qui montent aussi.
Aujourd'hui on m'a dit que j'étais une vraie pote donc j'ai re-pleuré dans mon RER, et j'ai ensuite re-re-pleuré dans le métro comme à chaque fois que je passe devant la Tour Eiffel.
Non mais vous situez le truc là ? Rien ne va plus les gars !

Rassurez-vous, demain ça ira mieux, déjà parce que c'est vendredi (et que vendredi tout est ........ ), que j'ai des trucs sympas prévu ce week-end dont sûrement voir le soleil de ma vie qui lui, s'en bat bien l’œil de toutes ces conneries et je l'envie.
J'envie toutes les personnes "qui ne sont pas Charlie" ou qui "s'en battent la race".
J'aimerais bien être comme tous ces gens, continuer ma vie comme si de rien n'était, être sereine et trouver ça normal que dans les RER soient désormais affichés "la conduite à suivre en cas d'attaque terroriste".

Je vous envie tous, ceux qui réussissent à faire la part des choses et rester sereins, vous êtes tous bien forts, envoyez-moi vos forces juste pour aujourd'hui, que j'en mette de côté pour la prochaine fois où je flanche.
Aujourd'hui j'ai juste envie d'être triste et c'est comme ça. Je le partage ici, même si je sais que vous auriez préféré une bonne histoire de mec.
Promis demain je vous raconterais une super blague.


J'envoie du LOVE à tout le monde, ici, pas ici, Charlie, pas Charlie, Trouducs pas troud... ah non.



Joyeux anniversaire Mia
Je pense à toi Soba
A l'humanité toute entière : Paix & Amour.


24 commentaires:

  1. Magnifique ... Je ne sais pas trop quels mots utiliser pour dire à quel point cet article m'a touché ... En tout cas je t'envoie plein d'énergie Mona =) !! bises
    Sarah'folle'

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  2. Un article bien triste mais aussi très émouvant Mona :/ !
    ma dépression post attentat je l'ai faite direct la semaine qui a suivi les attentats de Charlie...et re après le 13 novembre (en plus j'écoutais les mêmes chansons dans les deux cas, Let the sunshine in en boucle dans le métro, ça ne m'aidait pas à reprendre le dessus..), je n'arrêtais pas de penser à ces pauvres gens à qui on avait ôté la vie, j'ai été particulièrement affectée par les jeunes étudiants de ma fac qui se trouvaient au Bataclan....je pleurais tout le temps
    Puis je suis tombée un peu malade et bizarrement ça m'a aidé à aller mieux.
    En ce moment j'avoue je coupe la TV dès que je vois qqch sur les menaces terrorristes, passées, présentes ou futures...c'est peut-être mon côté complotiste mais je trouve les médias vautour dans tout cela, depuis Noël, mes chaînes de TV débordent d'images angoissantes, jai l'impression qu'"on" veut démoraliser les gens :- (fin de la minute parano)
    Je t'envoie plein de courage et d'ondes positives ! Et cent fois d'accord avec toi pour les gens qui font du potin pour des riens, alors qu'ils sont tant de chance d'être en vie, en bonne santé, etc...ça me passe par-dessus la tête
    Gros bisous et à bientôt !

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    1. Chère Vanille
      Je suis d'accord avec toi pour les médias, des fois j'ai limite envie de faire l'autruche et dire "nan mais laissez-nous putain, j'essaye d'oublier".
      Là je ne sais pas pourquoi, ce reportage impossible de zapper j'y arrivais pas j'étais bloquée.

      Quoi qu'il en soit merci beaucoup et pleiiiiin de bisous from le 16e to le 16e ! ;)

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  3. Oh et la photo que tu as postée est juste magnifique :) !

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  4. J'ai aimé ce texte, et je t'aime toi Mona. Parce que tu pourrais être moi, parce que je pourrais être toi, parce qu'on aurai pu être là bas, et parce que, moi aussi, je pleure des fois.

    (j'ai pas fait exprès pour les rimes, sorry).

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    1. Rimes au top quand même.
      Merci beaucoup Charline la cheapchicfille

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  5. Je ne sais pas quoi dire si ce n'est que c'est très bien écrit. Des bisous ♡

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  6. Je te lis à chaque fois et là je dois prendre le temps de commenter. C'est ton plus bel article je crois. Merci <3

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    1. Ca me touche énormément, merci beaucoup Kenza

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  7. J'ai eu une semaine de grosse déprime l'année dernière, terriblement choquée. Je bossais quand j'ai appris la nouvelle, c'était terrible. Il m'a fallu un peu de temps pour m'en remettre, mais le truc n'a jamais quitté mon esprit et je suis encore bouleversée.

    En novembre, j'ai eu presque deux mois de déprime profonde. J'étais dans une salle de concert à Paris quand je l'ai appris. Profondément choquée, littéralement soufflée, pensées uniques envers toutes les victimes... Et sans cesse me rappeler que j'aime la vie, mais que la vie est dégueulasse parfois.
    J'habite moi aussi en banlieue dans les Yvelines, mais bizarrement je connais bien mieux Paris que ma propre ville, j'y passe toutes mes soirées et mes potes y habitent. Paris a été touché, c'est mon coeur aussi qui a été touché, j'en ai encore les larmes aux yeux et la gorge serrée quand j'écris.

    Je m'imagine alors Paris sous l'occupation, des trucs qui me touchaient pas avant et qui prennent une toute autre dimension aujourd'hui parce que je pige enfin ce que c'est la guerre, les morts, des attentats, vivre ça et être impuissant.

    Ouvrir son manteau et son sac à chaque entrée dans un établissement, avoir ce petit haut le coeur quand j'entends les sirènes des pompiers (qui m'ont traumatisées), la larme qui coule quand je suis sur la place de la république, avoir mal au bide quand je repense à mes soirées bo-bun au petit cambodge. Et c'est cheum. Ptre qu'un jour ça passera, mais là, je suis un peu comme toi, parfois j'ai le seum et je suis triste.



    Beau texte que tu nous écris là, ça me soulage de savoir que je suis pas seule. Je pensais en faire trop, être trop sensible et faire tache face aux autres qui s'en remettent vachement plus vite que moi. Mais je sais au fond de moi que je suis pas la seule à avoir du mal à ne plus y penser, à tenter de ne pas me mettre à la place de tous ces potes morts pour rien.

    Merci Mona.
    Passe un bon week-end bien festif!

    Claire D

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    1. Ton commentaire me touche profondément, merci beaucoup.
      Je te comprends tellement, j'ai l'impression de me lire tellement tu exprimes ce que je ressens.

      Excellent week-end et force à nous ♡♡

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  8. A la tristesse se rajoute le choc de l'imprévisible, de l'injustice et du hasard, normal que ça nous mette dans tous nos états. Dis toi que la tristesse, la peur et l'angoisse sont exactement ce qu'ils (les méchants) veulent instaurer, alors autant que tu vas sur Paris, participe à leur montrer qu'on est forts, qu'on est heureux, et qu'on se relève.
    Plein de soutien et de câlins.

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  9. Merde.
    T'es chiante Mona. Mes coups de déprime dans la rue, mes pincements au coeur quand j'entends une sirène, mes accélérations cardiaques, parfois, dans le métro ou dans un bar, ben à chaque fois, je les conjure en pensant à toi, qui avait l'ai de gérer tout ça bien mieux que moi, et ma foi, je connais pas grand monde ici, alors tu es un peu ma référence. Je pense à ce que tu m'as dit "faire semblant". Et je te jure, je crois que j'y arrive.
    Mais merde, t'es chiante, si tu y arrives plus, je vais pas à y arriver non plus. Parce que moi, je ne suis là que depuis quelques mois, et des fois, je me demande ce que je fais là, et j'ai juste envie de faire mes bagages et d'aller vite dans une bergerie dans le Larzac.

    Alors remets toi, d'accord ? ou fais semblant, il parait que ça marche bien.
    Ou peut être que c'est ta façon à toi d'enfin évacuer tout ça, parce que des fois, j'ai comme l'impression que tu veux paraitre plus forte que tu ne l'es, et c'est pas bon pour ton p'tit coeur ça, Mona...
    mille bisous.

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    1. Ma Stéphanie, faut absolument qu'on aille boire un verre pour conjurer tout ça !!!

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    2. Je suis carrément pour ! on se soulera même pas en plus, je ne voudrais pas annuler l'effet champomy du 1er janvier !

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    3. Ah nan c'était juste le premier janvier et parce que j'adore le champomy.
      Mais mon dernier mojito date de l'année dernière !

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    4. On va devoir réactualiser ça alors !

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    5. De préférence le jeudi ou vendredi !

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  10. T'as le droit d'être triste, de chialer comme une madeleine au beurre et de morver sur tout nouveau pull Zara shoppé aux soldes. Ceux que tu envies ont AUSSI des moments de creux et de doutes, des questions existentielles, eux aussi ils ont envie de tout envoyer péter, mais tu n'assistes pas à leur tristesse et/ou leur colère. C'est tout.
    Moi je crois que personne n'a oublié, personne ne fait semblant, c'est juste que la majorité des gens s'effondrent chez eux, sur le canapé, en train de touiller leur boeuf bourguignon, ou simplement en regardant leur bébé tout neuf dormir paisiblement.

    T'es pas faible, t'es pas forte. Ils sont pas forts. On est tous dans le même bateau ( et putain qu'est-ce qu'il tangue ce connard, on a tous envie de gerber )

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  11. Je n'habite pas Paris. Je n'habite pas Nice. Je n'ai jamais foutu les pieds à Berlin.
    Mais j'ai une conscience. une âme. Une empathie. Une enfant.
    Et comme toi, je pleure devant tous ces reportages. Comme toi, je pleure devant le kiosque à journal. Comme toi, je pleure de flipper d'allé à un concert/de regarder ou je serai placée. Comme toi, je pleure de penser à cela quand je suis allongée sur le sable chaud de la Rochelle en été et que je vois de gros panneaux "conduite à tenir en cas d'attentat" même depuis l'eau. Je me dis que j'aurai pu être en Tunisie à Ce moment la.

    Franchement, comme toi, parfois, je suis triste juste comme ca. De ce constat.

    Inchalla'h

    Lucie - uffy les bons tuyaux

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